L'INTERVIEW

Pour permettre aux visiteurs de ce site de faire connaissance avec lui, Arnaud Charreyre s'est prêté au jeu des questions d'une façon originales: ce sont ses propres musiciens ou des membres de son équipe qui l'ont interviewé. Voici le résultat !


Tu sors ton premier album, "Sur ma planète »... Au refrain, tu chantes: "Soyez tous les bienvenus sur ma planète"... à quoi ressemble-t-elle ?

La chanson est assez explicite... J'aime les mélanges décomplexés, j'aime le respect et la liberté. Ma planète ressemble à ça. Une espèce de bordel Impérial sorti de Caligula, en plus vivant, en plus joyeux. Les excès me plaisent.

Premier album, et un chemin que tu as suivi... quels traits de caractères considères-tu comme indispensables "Pour en arriver là" ?

Ca me fait penser à une chanson, ça ! Je ne sais pas... tout reste à faire demain. Je suis tenace, borné, têtu, et dans l'hypothèse où l'on cherche à atteindre un but, ces défauts peuvent devenir des qualités. Mais comme je suis aussi en état de perpétuelle insatisfaction, ce but, je ne l'atteint jamais. Il est indéfini. Je ne sais pas après quoi je cours mais je sais qu'il m'importe profondément de construire, toujours...
Et puis, au-delà du caractère, je pense que c'est aussi dans le fait d'avoir une équipe. J'ai un entourage très drôle, très aimant, mais très objectif, ils ne me passent rien, moi non plus et c'est très bien. C'est une école d'humilité, d'écoute, de respect... raison pour laquelle la question me gêne un peu. Pour moi, je suis sur une ligne de départ, mais nullement à destination.

Comment la musique est-elle arrivée dans ta vie ?

Les premières approches musicales furent les génériques des dessins animés que je regardais quand j'étais gosse. "Ulysse 31" en particulier, je me souviens encore de la bande son, très bien ficelée, des différents thèmes, des batteries, des basses...

Comment as-tu travaillé pour cet album ?

D'une façon obsessionnelle, maniaque, très "control freak". Je fonctionne de façon maladive dans le travail. Il m'est difficile de déléguer. J'avais une idée extrêmement précise de ce que je voulais réaliser, du son, de l'ambiance. Au départ j'ai demandé à Cédric Lawde s'il était partant pour ce projet avec moi, car j'avais impérativement besoin de ses capacités techniques et d'une dynamique, d'un partenariat, et qu'à ce niveau, Cédric est le meilleur.
Ensuite, les phases habituelles, gérées par lui et moi exclusivement: répétitions avec le band, ensemble et séparément avec chaque musicien, pour "fixer" les arrangements et les structures de chacun, ensuite prises de son, nettoyage des pistes, editing, electro et claviers additionnels, mixage et enfin mastering. Le travail du design sonore est arrivé assez tard, lorsque Cédric travaillait de son côté à l'electro et moi du mien au mixage avec Stefano. La recherche d'effets, de cohérence, tout ce qui crée un son et un album s'est fait à ce moment là. Chaque titre a été mixé au minimum 5 fois, c'était parfois très expérimental, donc très fatiguant mais également passionnant. J'ai beaucoup appris. J'ai aussi pu constater le talent des gens avec qui je travaille.

Tu es musicien ?

Je travaille dans la musique, je compose des chansons, donc j'imagine que je dois être musicien, oui. Maintenant, n'ayant aucune connaissance de solfège et ne sachant pas m'accompagner d'un instrument, c'est vrai que la pratique de la musique prend chez moi des chemins de traverses. Le voyage étant de parvenir à retranscrire la musique qui joue dans ma tête, puisqu'en général j'ai l'ensemble de la chanson qui naît d'un coup, par passages. Par exemple, j'entends l'arrangement déjà défini, ce que joue la batterie, la basse, les cordes, les guitares... il me faut donc traduire tout cela en notes.

N'es-tu pas frustré de ne pas être un instrumentiste ?

Si. Mais je n'ai pas renoncé ! C'est le temps qui me manque... Alors je compte sur mes gars en attendant, c'est leur rayon !

Comment composes-tu ? Les paroles avant la musique ? L'inverse ?

C'est variable. En général, c'est un tout qui surgit sans crier gare. Après, c'est une question d'organisation. Enregistrer la mélodie, puis s'attaquer aux bases sur ordinateur, composer notes par notes, une couche après l'autre.
Quand c'est Cédric qui compose, j'aime assez qu'il me donne un version vierge de tout, mélodie, texte, juste une structure musicale et voguer dessus au niveau de l'écriture. Ou encore je lui donne des textes et il compose en fonction.

D'où vient ton inspiration ?

Je suis incapable de le dire. C'est quelque chose qui me dépasse complètement, je ne sais pas. C'est à un tel point que, pour certaines chansons, je ne sais même plus comment j'ai fait, je constate simplement qu'elle sont nées, mais le processus de création me laisse le souvenir d'une période nébuleuse, presque d'une transe mentale indistincte, sans repères, mon mental est alors totalement mobilisé par la chanson, même quand je ne travaille pas, dans des tâches quotidiennes, je suis à un dîner, je prends une douche, n'importe quoi, c'est comme si ça vivait en moi.

Ecris-tu d'une manière autobiographique ?

Parfois. Mais je suis le seul à savoir, d'une phrase à l'autre, ce qui appartient au domaine de l'imaginaire ou de la réalité. Il m'arrive aussi d'inventer totalement la trame d'une chanson mais que le sentiment exprimé soit quelque chose d'ancré dans la réalité, dans ma vie.
Ou d'inverser la situation vécue et de raconter le contraire, ce qui revient au même: que l'on raconte un amour vivant ou mort, l'intensité est la même.

Envisage tu d'écrire un jour en anglais ? D'essayer de toucher un public anglophone ?

J'ai envie de toucher tous les publics qui voudront bien de moi. Je pensais que la langue française m'était indispensable pour communiquer, mais je me suis rendu compte récemment que c'était une erreur. Un ami m'a fait écouter une de ses chansons en italien, langue que je ne connais pas du tout, et j'ai été profondément touché.
Et puis c'est l'aspect magique d'une chanson, elle exprime quelque chose d'impalpable, au-delà des mots ou de la musique seule. Elle se fait comprendre d'elle même. Donc, oui, la langue anglaise me plaît parce qu'elle exprime des choses évidentes en très peu de mots. C'est un exercice difficile pour moi, mais j'aimerais m'y attaquer un jour.

De quels artistes/groupes te sens-tu proche ?

Quand je me sens proche d'un artiste, c'est très souvent en dehors de toute considération de style. A mes yeux, c'est très cérébral, j'admire des gens dont je "sens" les intentions. Un joueur de musette qui a une philosophie simple, honnête, franche de son métier me touchera sans l'ombre d'un doute, alors qu'un chanteur ou une chanteuse que je ne sens pas, même si j'aime ce qui est créé, me sera indifférent à coup sûr.
C'est le feeling qui m'importe, ce que je ressens comme de l'honnêteté: le fait de donner et de se donner, de croire en ce que l'on fait sans prétention, d'atteindre des niveaux d'excellence par un apprentissage constant, c'est tout cela que j'admire.
Donc, pour répondre à la question, je me sens proche de la philosphie d'un Brel, d'une Piaf, d'un Elvis, d'une Tina Turner, d'un Brassens, et de beaucoup d'autres. L'ancienne école, quoi !

Si je te demande de me citer les 2 chansons qui t'ont le plus marqué , quels titres me citerais-tu?

Deux chansons... il m'est pratiquement impossible de répondre de façon juste. Il y en a tant ! Mais soit, en tête de liste, et en anglais justement: "Softly as I leave you" d'Elvis, "Bedshaped" de Keane.

Et pendant la création de l'album, qu'écoutais-tu ?

Comme d'habitude, de tout au milieu de mes classiques... des tonnes de remixes, de la country, de la pop relaxante, quelques concerts pourris que j'adore... et l'album en cours de création, fatalement.

Quel est le plus grand compliment que l'on pourrait te faire sur ta musique ?

Qu'on a l'impression de la connaître. Qu'elle touche quelque chose. Qu'elle est sincère.

Comment définir ton style musical ?

Très sincèrement, je ne sais pas. C'est ce qu'il y a en moi.

Quel est ton rêve d'artiste ?

D'avoir un parcours dont rien ne me fera honte, ni à moi ni à ceux qui m'aiment.

Que considères-tu comme ta plus grande réussite jusqu'à présent ?

D'être parvenu jusqu'ici à être en accord avec moi-même et d'être assez lucide pour veiller à le rester.

Des regrets ?

Jusqu'à présent, je n'ai pas de regrets. Je vis depuis toujours avec l'obsession que tout peut s'arrêter le lendemain.

Quelle est ta conception du bonheur ?

La sérénité.

Ta plus grande peur ?

Trahir sans le savoir, décevoir.

Quels sont tes projets ?

Rester vivant. Essayer de bien faire mon métier. Consolider mon équipe pour tous les défis qui nous attendent. Apprendre un maximum. Aimer.

Es-tu nostalgique ?

Non, pas du tout. Je vis aujourd'hui et demain. Le passé est une valise pour moi. Et j'ai l'impression d'avoir perdu mes bagages.

Un dernier mot pour le public, les visiteurs de ce site ?

Je me présente à vous... et je fais ce métier parce que j'aime nos rencontres. Quoi que je fasse dans ma vie professionnelle, le fil rouge de vous donner ce que je peux faire de mieux est omniprésent. Respecter le public, pour moi, ce n'est pas le flatter, ni lui obéir pour tout et n'importe quoi. C'est avant absolument tout une question d'honnêteté intellectuelle, faire attention à ne pas le gruger, veiller à ne pas être paresseux.
Ne pas le tromper. Il y a du challenge là-dedans, et du respect, justement. En résumé... soyez tous les bienvenus sur ma planète, je n'attends que vous!